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Livre : L'offensive du dragon Auteur : José Carmona, éditons Guy Trédaniel

L offensive du dragon

Les habitués du site shenjiying.com retrouveront dans cet ouvrage les analyses précises sur les arts martiaux que José Carmona livrent à ses lecteurs. Ici, ses réflexions prennent pour objet central le phénomène Bruce Lee. Phénomène car la vague engendrée par cer acteur sino-américain dépasse  largement se seule personne. Le mythe ou la légende ont effacé l'homme. José Carmona revient sur les élements biographiques permettant un nouvel éclairage sur Bruce Lee et sur l'influence que celui-ci a exercé sur la perception des arts martiaux. Pour résumer très brièvement, l'auteur tend à montrer combien l'ambition de Bruce Lee, symptomatique d'une vision libérale et d'une volonté de parvenir sans borne (pas de limite pour seule limite étant un des slogans ultra-libéral résumant la conception de l'acteur) est la clé livrant une lecture de son parcours. Parcours dans le monde du spectacle mais aussi dans le développement de son style personnel de combat. D'abord hésitant avec la tradition (celle-ci s'avérant parfois utile pour recruter des élèves) puis pourfendeur de celle-ci, Bruce Lee aura tout tenter pour parvenir. Ses expériences personnelles, aussi bien les très rares combats véritables qu'il eut à livrer que les rôles qu'il incarna au cinéma, témoignent toutes d'une obssession de s'élever au rang du greatest one.

L'ouvrage, loin de se cantonner au seul personnage de Bruce Lee, puise allègrement dans des recherches poussées, aussi bien du côté de la Chine et des ses styles de combat que dans l'histoire du cinéma. Le tout, avec une analyse sociale pertinente.

Les arts martiaux asiatiques se sont diffusés aux quatre coins du monde avec plus ou moins de bonheur. Le cinéma y est pour beaucoup. De ce fait, le grand public porte sur ces disciplines une vision tronquée, faite de fantasmes puérils. Et Bruce Lee y est pour beaucoup.

Les pratiquants de wing chun pourront quant à eux trouver quelques éléments concernant l'histoire de leur style. La place tenue par Ip Man mais aussi et surtout par Wong Shun Leung dans l'apprentissage de Bruce Lee y sont évoquées, ainsi que, très brièvement, l'existence d'autres branches que celle d'Ip Man. Notons également que l'influence du style de la mante religieuse de sud est lui aussi souligné. Ces derniers points nous intéressent particulièrement dans la mesure où notre wing chun est composé de la branche d'Ip Man via Ng Chan (ce dernier ayant beaucoup travaillé avec un expert de la mante religieuse du sud au point de changer se façon de faire en chi sao) et de celle de Wang Wa Bo via des maîtres chinois implantés au Vietnam.

Livre : Philosophie des arts martiaux modernes Auteur : Emin Boztepe (avec Emmanuel Renault) Editions Vrin

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Tout d’abord, la première bonne surprise est que le mot « philosophie » ne renvoie pas à un énième résumé plus ou moins clair des philosophies ou systèmes de pensée provenant d’Extrême-Orient (un peu de bouddhisme, un peu de taoïsme, le tout saupoudré de confucianisme…). Il s’agit plutôt de réfléchir à ce qu’implique la pratique des arts martiaux dans le contexte actuel.  L’un des enjeux est alors de démythifier la chose.

 

Une partie du propos s’attache à l’apprentissage de ces pratiques. Pour l’auteur, la qualité du processus d’apprentissage est conditionnée par la qualité de la compréhension. C’est pourquoi il est crucial de développer des approches critiques de la compréhension qui provient de la tradition et de la manière dont, de génération en génération, elle a été transmise jusqu’à nous sous des formes sans cesse transformées.

Autre idée, qui découle de la première énoncée : il faut se méfier de tout exotisme, c’est-à-dire le fait de s’intéresser à quelque chose (ici, les arts martiaux) non pas parce que cela peut devenir une partie de notre vie mais parce que cela n’a rien à voir avec nos manières de vivre et de penser. Cette façon de concevoir les choses vient renforcer la crédulité béate et les superstitions qui entourent souvent les arts martiaux.

Plus loin, Emin Boztepe indique que la philosophie (au sens de recherche de la sagesse) associée aux arts martiaux permet à certains instructeurs d’embobiner leurs élèves en s’arrogeant un prestige factice. En effet, les concepts et les thèses philosophiques sont souvent intimidants, surtout s'ils sont exprimés métaphoriquement ou à  l’aide d’images. Cela explique que certains peuvent utiliser la philosophie comme moyen de protection psychologique et comme marqueur de prestige social leur permettant de dissimuler leurs propres limites et leur insécurité psychologique.

Pour Emin Boztepe, la philosophie ne doit pas être réduite à un ornement, mais doit consister en un instrument destiné à mieux comprendre le sens, les enjeux et les implications de la pratique, afin d’améliorer cette pratique. A partir de là, il convient de prendre en compte que nous pouvons être confronté à l’échec. Il faut alors oser se lancer des défis et en passer par la confrontation avec nos partenaires pour que l’apprentissage ne reste pas pure théorie.

Emin Boztepe en vient à aborder la différence entre arts martiaux et sports de combat. Selon lui, la différence principale se situe dans  la logique du processus d’apprentissage et dans l’usage qui est fait des techniques analogues. Un combat sportif n’est pas la même chose qu’une situation d’agression. Et de souligner que « si les combattants de MMA combinent si souvent des techniques de boxe (anglaise et thaïlandaise) et de lutte ou de jujitsu, si en quelques années, ils en sont venus à combattre tous à peu près de la même manière, c’est précisément parce que des coups sont interdits et parce que, comme dans un sport, il s’agit de faire le meilleur usage possible des règles. »

Une autre différence réside dans le fait que les arts martiaux, contrairement aux sports, prétendent transformer profondément le rapport à soi et aux autres, tout en produisant des effets profonds sur l’ensemble de l’existence. E. Boztepe indique qu’il ne faut pas pour autant se faire d’illusion sur cette dimension.

Enfin, l’auteur  développe sa conception du corps en action en illustrant son propos d’exemples tirés de sa pratique du wing chun. Cette partie est très intéressante pour les pratiquants qui y trouveront matière à réflexion sur leur propre manière de faire. En ce qui me concerne, j’ai apprécié la réflexion qui rejoint pour une bonne part la mienne. Qui plus est, ce que dit Emin Boztepe de la pratique du wing chun (sur la structure du corps, les déplacements, etc.) se rapproche fortement de ce que nous faisons dans notre école.

Frédérik

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 11/03/2019